Les mains se lèvent avant même qu'elle ait fini sa question.

Dans la classe de Kadidia à Bandiagara, rien de surprenant : les enfants se penchent en avant, interpellent leurs camarades, attrapent leurs livres. De l’extérieur, on dirait une classe qui a toujours fonctionné ainsi. Pourtant, ce n’est pas le cas.

Au Mali, des années de conflit et de déplacements de population ont insidieusement détruit les conditions propices à l'apprentissage. Les enfants arrivent à l'école avec un passé bouleversé : des mois sans cours, des enseignants partis, des écoles fermées. À Bandiagara, Kadidia a été témoin de cette situation dans sa propre classe. Puis, elle a vu les effectifs augmenter avec l'arrivée de familles déplacées, doublant parfois le nombre d'enfants par classe, chacun avec ses propres lacunes, ses propres besoins et – dans bien des cas – une expérience de la peur différente.

Au Mali, 71 % des élèves de CM1 ne maîtrisent pas la lecture au niveau attendu. Ce chiffre est au cœur de chacune des leçons dispensées par Kadidia.

Découvrez comment Kadidia est passée d'un sentiment d'impuissance dans sa classe à l'accompagnement de chaque enfant dans son apprentissage.

AVANT LA FORMATION

Kadidia décrit sans détour ce qu'elle a vécu avant. « Nous étions confrontés à des difficultés », explique-t-elle. « En raison de l'insécurité, nous avons accueilli de nombreux élèves déplacés dans nos écoles et la taille des classes a considérablement augmenté, ce qui rendait difficile la gestion de ces enfants et le maintien de leur attention. »

La difficulté ne résidait pas dans un manque d'engagement, mais dans une question de méthode. Plus d'enfants, plus de perturbations dans la classe – et les mêmes outils qui avaient toujours fonctionné ne fonctionnaient plus.

C’est alors que le projet EMPOWER de Right To Play est arrivé à Bandiagara. Financé par Affaires mondiales Canada, EMPOWER œuvre dans les communautés touchées par les conflits au Mali afin d’améliorer l’accès à une éducation inclusive et de qualité, non seulement en créant des espaces d’apprentissage, mais aussi en transformant ce qui s’y passe. Pour Kadidia, cette transformation a commencé par une formation qui, à ses yeux, allait bouleverser sa vision de son métier.

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Par le mouvement et les jeux, Kadidia capte l'attention de ses élèves, aidant ainsi les enfants qui avaient auparavant du mal à se concentrer à participer pleinement.

APPRENDRE À ENSEIGNER DIFFÉREMMENT

La formation EMPOWER n'a pas offert à Kadidia un nouveau programme scolaire. Elle lui a offert une nouvelle logique.

« J'ai suivi une formation auprès de Right To Play sur l'animation et la gestion de clubs de lecture », explique-t-elle. « Ces formations nous ont appris à gérer une classe, à animer des séances de lecture et à motiver les enfants à lire et à écrire. » Mais l'idée essentielle, celle qui a tout changé, était plus simple que n'importe quelle technique. « Grâce à l'apprentissage par le jeu, j'ai compris qu'on peut enseigner aux enfants tout en les faisant jouer. »

Pour les classes remplies d'enfants ayant vécu des déplacements et des traumatismes, il ne s'agit pas d'un choix pédagogique, mais d'une nécessité pratique. « Par le jeu, nous avons réussi à capter l'attention des enfants, même si beaucoup souffraient encore des épreuves qu'ils avaient traversées », explique Kadidia.

Lors d'une leçon de lecture, par exemple, Kadidia transforme un simple exercice de vocabulaire en un jeu de mouvement : elle dispose des mots dans la classe et demande aux élèves de se déplacer en équipes, de les mimer, de les lire à voix haute et de les utiliser dans des phrases avant de passer au suivant. Des enfants qui hésiteraient normalement à lire à voix haute participent soudainement ; ils ne sont plus mis à l'écart, mais contribuent à la dynamique du groupe.

Les enfants l'ont remarqué aussi. Oumar, un des élèves de Kadidia, l'exprime clairement : « J'aime quand la maîtresse écrit et nous enseigne par le jeu. » Sa camarade Anta est tout aussi claire sur ce qui change l'atmosphère de l'école. « Ce qui me rend heureuse, dit-elle, c'est quand la maîtresse utilise le jeu pour nous faciliter l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. »

Aucun des deux enfants ne parle de divertissement. Ils parlent d'accès — d'une voie d'accès à l'apprentissage qui, auparavant, leur paraissait inaccessible.

« Ce qui me rend heureuse, c'est quand le professeur utilise le jeu pour faciliter notre apprentissage. »
- Anta, élève
EMPOWER - PR Hero
Les élèves qui avaient auparavant du mal à participer lisent maintenant ensemble avec confiance et concentration.

CE QUE PEUT DEVENIR UNE SALLE DE CLASSE

Kadidia anime désormais des clubs de lecture en parallèle de ses cours habituels. Ces séances permettent aux enfants qui ont plusieurs mois de retard de progresser, non pas par la répétition et la pression, mais par le mouvement, les jeux et l'acquisition progressive de la confiance en soi. Les enfants qui étaient auparavant silencieux s'expriment désormais avec enthousiasme. Ceux qui évitaient le tableau demandent à y écrire.

« Comment voyez-vous l’avenir de vos élèves aujourd’hui ? » C’est l’une des questions qu’on lui a posées pendant le tournage. Mais la réponse était déjà là, sous nos yeux : dans les mains levées, les livres ouverts, les enfants qui avaient décidé, à un moment donné, que l’école était un lieu qui leur appartenait.

Kadidia n'a pas changé ses élèves. Elle a changé les conditions qui les désavantageaient. Cette distinction est essentielle, et c'est sur elle que repose le programme EMPOWER.

« Par le jeu, on capte l’attention des enfants, et ils sont capables de suivre de plus près. »
- Kadidia, enseignante


Le projet EMPOWER vise à donner aux enfants touchés par le conflit et déplacés au Mali l’accès à une éducation sûre, inclusive et de qualité grâce à la formation des enseignants, aux clubs de lecture, à l’apprentissage par le jeu et à l’engagement communautaire. EMPOWER est généreusement financé par Affaires mondiales Canada.

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